Le kama Soutra : Titre XI : Chapitre 8
Profits et pertes des courtisanes
Quelquefois nos efforts pour réaliser un gain aboutissent à une perte ou un dommage; cela peut provenir du manque d'intelligence et de jugement, de l'orgueil, de l'excès de l'amour, de la naïveté, de la confiance, de l'entêtement, de l'emportement, de la négligence, de l'influence des mauvais génies, du hasard.Ces causes peuvent occasionner des dépenses stériles; la perte de gains réalisés ou sur le point de l'être et de chances de fortune pour l'avenir; l'altération du caractère, une mauvaise humeur insupportable, la maladie, la perte des cheveux et autres accidents.
Il y a trois sortes de profits et trois sortes de pertes.
Quand une courtisane vit avec un grand et acquiert ainsi, outre la richesse présente, des chances de fortune pour l'avenir au moyen des relations qu'elle se crée, on dit qu'elle fait un gain accompagné d'autres avantages.
Quand elle reçoit de l'argent de mains autres que celles de son amant, elle court le risque d'une brouille: on dit que cet argent est un profit avec chances de perte.
Le gain simple est celui qui se fait sans chances d'avantages ou de désavantages.
Quand une courtisane, sans rien recevoir, vit avec un grand ou un ministre avare pour conjurer quelque malheur, cela s'appelle perdre pour gagner.
Quand, sans en tirer aucun profit, une courtisane se donne à un ladre, à un bellâtre ou à un homme à bonnes fortunes, c'est une perte sèche.
Quand ces sortes d'amants sont en même temps favoris du roi, puissants, cruels et capables de la chasser au premier instant, on dit que la courtisane perd pour perdre encore.
De ses rapports avec les hommes qui lui plaisent une courtisane doit tirer à la fois profit et plaisir. A certaines époques, par exemple aux fêtes du printemps, sa mère annoncera à différents hommes qu'un certain jour désigné la courtisane restera avec l'homme qui satisfera tel ou tel de ses désirs; quand des jeunes gens sont épris d'elle, elle doit s'efforcer de tirer parti d'eux pour ses intérêts.
DOUTE SUR LE MÉRITE RELIGIEUX[92].
Le doute sur le mérite religieux se produit quand une courtisane hésite à congédier un amant qu'elle a ruiné, ou bien à se montrer tout à fait cruelle à un homme qui l'aime et dont les refus feront le malheur dans ce monde et dans un autre[93].
[Note 92: Ce que nous appellerions un scrupule ou cas de conscience.]
[Note 93: La Théologie morale a un doute semblable:
Une courtisane est poussée par un ami ou par la compassion à avoir des rapports charnels avec un brahme savant, un étudiant en religion, un sacrificateur, un dévot ou un ascète qui est en danger de mourir d'amour pour elle; elle se demande si en y consentant elle acquerra ou perdra du mérite religieux. Dans ce cas, on dit que son doute est double parce qu'il porte à la fois sur le gain et sur le mérite religieux.
Conclusion du chapitre.
Une courtisane doit peser sur tout ce qui est à son avantage ou à son détriment, à la fois en ce qui concerne l'argent, le mérite religieux et le plaisir.
«La femme enlevée peut-elle tuer son ravisseur?»
Quelques théologiens le nient, disant que la pudicité est un moindre bien que la vie temporelle et la vie éternelle que l'agresseur perdrait, s'il était tué.
L'opinion la plus probable est l'affirmative pour le cas où la femme ne peut autrement empêcher l'attentat de se perpétrer.]
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