Le kama Soutra : Titre XI : Chapitre 7
De l'opportunité de reprendre un ancien amant
Quand une femme se sépare d'un amant qu'elle a ruiné, elle peut songer à reprendre un ancien amant qui sera resté riche ou qui le sera redevenu.Vatsyayana indique le parti qu'une courtisane doit prendre à cet égard dans chacun des cas qui peuvent se présenter et qu'il détaille longuement. Parmi les motifs déterminants, il mentionne le désir de se venger d'une rivale.
Les Acharias (anciens sages) conseillent à une courtisane de renouer, si elle peut, avec un ancien amant parce que son caractère lui est connu. Vatsyayana opine qu'elle fait mieux d'en prendre un nouveau, il sera toujours plus riche et plus libéral, car l'ancien est appauvri, ou bien il a appris par son expérience à ne pas se laisser dépouiller. Toutefois cet auteur ne pose là qu'une règle, générale sujette à beaucoup d'exceptions motivées par les circonstances.
Voici quelques aphorismes en vers sur ce sujet délicat:
«Une courtisane peut manifester son intention de reprendre un ancien amant, soit pour le brouiller avec la femme avec laquelle il vit dans le moment, soit pour produire un effet voulu sur l'amant qu'elle-même a actuellement».
«L'homme enchaîné à une femme a grand peur qu'elle ne s'attache à un autre; il souffre tout d'elle et la comble de largesses».
«Si, pendant qu'une courtisane vit avec un amant, un messager d'amour vient la trouver de la part d'un autre homme, elle doit ou le renvoyer sans l'écouter, ou bien fixer une heure pour recevoir la visite de celui qui la recherche, mais elle ne doit jamais abandonner l'amant qui lui est attaché[90].
Une femme prudente ne renoue avec un ancien amant que si elle a toute chance de trouver, clans ce retour, sort heureux, profit, amour et amitié[91].
[Note 90: Tibulle, livre I, élégie VI. «Celle qui n'a été fidèle à aucun amant, réduite à l'indigence dans ses vieux jours, n'a d'autre ressource que de tourner un fuseau d'une main tremblante, de noircir les fils d'une trame pour un infime salaire et de peigner une blanche toison; les jeunes gens se rient de sa misère et se disent qu'elle a mérité son triste sort.»]
[Note 91: Voir l'appendice.]
APPENDICE AU CHAPITRE VII.
Conseils d'Ovide.
Ovide donne dans le livre III de l'Art d'aimer quelques conseils qui complètent le chapitre VII.
«Vous ne suivrez pas la même voie pour séduire un jeune coeur et un homme mûr.
«Le novice qui vient, innocente proie, se prendre dans vos filets, ne doit connaître que vous. C'est une plante qu'il faut entourer de hautes palissades. Craignez une rivale, vous ne serez sûre de votre conquête qu'autant que vous régnerez seule. Cueillez promptement ce fruit éphémère.
«L'amour de l'homme mûr sera plus durable et plus tolérant. Il supportera, sans rompre ses liens, les plus cruelles blessures.
«Pour stimuler votre amant, entremêlez vos faveurs de quelques refus.
«Qu'un amant nouvellement pris se flatte d'abord de partager seul votre couche, mais que, bientôt après, il craigne un rival, qu'il le croie aussi heureux que lui.
«Que la surveillance d'un gardien supposé pique son amour; qu'il redoute la jalousie d'un mari sévère. Le danger aiguillonnera le plaisir.
«Feignez d'être dans les alarmes; faites, sans nécessité, entrer votre amant par la fenêtre. Qu'au milieu de vos ébats, votre suivante, bien stylée, s'élance vers la porte en s'écriant: Nous sommes perdues.
«Cachez alors le jeune homme tremblant. Puis, au milieu de ses émotions, doublez la douceur de vos caresses; qu'il ne les trouve pas chèrement achetées.»
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