Le kama Soutra : Conclusions : Dernières Réflexions
Dernières Réflexions
Quelle simplicité! quelle sobriété! quelle noblesse d'expression! Et, par comparaison avec le Govinda Gita, quelle chasteté dans les images avec une passion plus vraie et plus forte!Ce n'est pas sans doute l'éblouissante splendeur de la toute puissante nature de l'Inde immense; mais c'est la grande poésie de la mer et du désert qui entourent la terre promise et des montagnes qui la dominent ou accidentent son relief paré de la riche végétation des rives de la Méditerranée, au moins dans les parties citées.
C'est encore la vigueur de la nature animée, mélange de la force encore indomptée et de la douceur pastorale.
Le cantique lui emprunte des images tantôt suaves, tantôt sévères, toujours frappantes. Il en emprunte aussi au caractère viril de la population à la fois agricole et guerrière au temps des juges et des Rois. L'esclavage était une exception. Sous l'autorité du père, les membres des deux sexes de la famille, presque sur un pied d'égalité et tous menant une vie pure, travaillaient ensemble à faire fructifier l'héritage échu en partage à leurs pères. Ces traits ressortent dans la mise en scène et dans les actes du poëme.
Depuis le Cantique des Cantiques, l'envahissement des moeurs orientales, grecques et romaines, et l'oppression constante de la nation à la suite de malheurs inouïs, ont abaissé successivement de plus en plus le niveau moral de la femme juive. La lettre a tué l'esprit et les rabbins ont jeté ce cri patriotique: «Depuis la ruine du Temple, l'amour n'a plus de saveur.»
Selon eux, les aspirations naturelles de la femme juive se réduisent aux deux satisfactions suivantes que leur assure la Loi:
1° Le droit à la parure, pour qu'elle soit toujours séduisante. C'est le principe des Brahmes.--Il est prescrit aux juives de s'habiller magnifiquement le jour du sabbat. Aussi, dans tous les pays ou les juifs ont conservé leur costume, voit-on, les jours de fête, leurs femmes surchargées d'étoffes brodées d'or ou de couleurs éclatantes, de bijoux, etc.
2° Le droit conjugal--le mari se doit incessamment. C'est à peine si, par exception, il peut faire une trêve de huit jours. La femme du peuple peut l'empêcher de prendre la mer, d'aller à la guerre, de choisir tel métier ou telle profession antipathique à l'amour conjugal, par exemple celle de savant. A ce titre le docteur de la loi, par une immunité unique, n'est obligé envers sa femme qu'une fois par mois (Voir A. Castaing: Condition de la femme mariée chez les juifs au premier siècle avant Jésus-Christ).
Pour le précepte écrit à ce sujet, aussi bien que pour le Kama-shastra il n'y a ni mystère ni oubli. Comme lui, il expose et dirige les choses par compas et mesures. Il va plus loin, il marque les inconvénients des méthodes vicieuses, les agréments des bons procédés.
L'Erotologie hindoue est au moins égalée par le texte officiel de l'Hébraïsme traditionnel.
Excellente ménagère, bonne mère de famille, admise à la synagogue à certains anniversaires, fêtes à la fois de la nation et des familles, la femme juive se relève à mesure que l'esprit moderne pénètre et réhabilite sa race.
Depuis Salomon jusqu'à Esdras, sauf pendant des intervalles plus ou moins longs et fréquents de retour au Dieu unique, un grand nombre de Juifs pratiquèrent les cultes des divinités mâles et femelles de l'Assyrie, d'Adonis et même de Priape.
On lit au livre III des Rois, Chap. XV, 12 et 13.
«Asa, arrière petit-fils de Salomon, fit mettre à mort les efféminés et interdit à sa mère Mancha la présidence du culte de Priape et du bois (Lucus) qu'elle lui avait consacré; il détruisit la grotte de ce dieu, brisa son idole obscène et en jetta les cendres dans le torrent du Cédron.»
Le prophète Ezéchiel rend compte d'une vision où lui apparurent des femmes qui pleuraient Adonis dans le temple de Jérusalem, des animaux sacrés de l'Egypte figurés sur ses murs, et, devant le sanctuaire, des Juifs sacrifiant par le feu leurs enfants sur l'autel de Moloch.
Dans le livre IV nous voyons:
1° Au chap. XVII qui concerne Israël.
21. Après Salomon, les dix tribus d'Israël se séparèrent de la maison de David (qui continua de régner à Jérusalem sur la tribu de Juda et les lévites) et se donnèrent pour roi Jéroboam qui leur fit abjurer la loi de Moïse.
22. Israël persévéra dans ce péché, adorant les dieux étrangers et se livrant à toutes les abominations (impudicités).
24. Après la prise de Samarie leur capitale, le roi d'Assyrie emmena les dix tribus dans la Médie et les remplaça par un certain nombre de ses sujets de diverses provinces. Ceux-ci adorèrent à la fois leurs propres dieux et celui des Juifs.
2° Aux chap. XXI et XXIII qui concernent le royaume de Juda:
XXI. Manassé adopta les idoles des nations, rétablit sur les hauts lieux le culte qu'avait proscrit son père Ezéchias, consacra à Baal des autels et des bois sacrés (lucos), affecta deux parties du temple de Jérusalem à toute la milice du ciel (dieux Sidéraux des Chaldéens), sacrifia son fils par le feu à Moloch, établit des oracles, des pythonesses, des
augures, etc.
XXIII. Josias détruisit tout ce que Salomon et ses successeurs avaient consacré au culte idolatrique; dans la maison du Seigneur il fit raser les chambres des efféminés et le bois sacré (lucus) où des femmes se tenaient sous des abris à la disposition de ceux-ci. Il brûla le char et les chevaux du soleil qu'on avait placés à l'entrée du temple. Il pollua et ruina tout ce que Salomon avait élevé sur le mont de l'offense[(130)] à Jérusalem en l'honneur d'Astaroth (d'où Astarté) idole de Sidon, de Chamos (Kama) dieu de Moab et de Melchon Ammon.»
[Note 130: (Mons offensionis). On avait ainsi nommé le lieu où Salomon avait élevé des autels aux dieux des peuples voisins, sans doute pour les concilier après les avoir assujettis. Ce fut un grand scandale pour les Juifs.]
A travers toutes les chutes et tous les scandales, les familles sacerdotales de Jérusalem et les sectes zélatrices maintinrent toujours vivace, au moins dans une élite, la foi dans le Seigneur avec une constance invincible et une passion, dont Jérémie fût l'interprète sublime dans ses lamentations et surtout dans le psaume CXXXVI.
Nous qui, après Béranger, avons eu encore à pleurer sur la France, nous ne pouvons nous empêcher d'être émus par son chant patriotique:
1. Assis sur la rive du fleuve de Babylone, nous pleurions, nous rappelant les souvenirs de Sion.
2. Nous avons suspendu nos lyres aux saules que baignent ses eaux.
3. Ceux qui nous emmenaient captifs voulurent connaître nos chants sacrés. Chantez-nous, nous dirent-ils, un des hymnes de Sion.
4. Comment pourrions-nous chanter le cantique du Seigneur sur la terre étrangère?
5. Plutôt que de t'oublier, ô Jérusalem, que j'oublie l'usage de ma main droite!
6. Que ma langue reste fixée à mon palais, si je cesse de me souvenir de toi, si jamais tu cesses d'être pour moi la source de toute joie, ô Jérusalem!
7. N'oublie pas, Seigneur, les fils d'Edom qui, au jour suprême de Jérusalem, criaient: Anéantissez, anéantissez-la jusqu'aux fondements.
8. Et toi, misérable fille de Babylone: heureux qui te rendra les maux que tu nous as faits, les coups que tu nous as portés!
9. Heureux qui prendra tes enfants pour les écraser contre la pierre!
Reine du monde, ô France, ô ma patrie,
Relève enfin ton front cicatrisé.
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